2 avril 2025
Une fable, c'est une histoire courte qui a pour but d'apprendre quelque chose au lecteur tout en le distrayant.
Particulièrement connu en France car plusieurs de ses textes sont appris dès l'école primaire et que les animaux qu'on y croise font partie intégrante de la culture populaire, Jean de la Fontaine est une référence majeure dans l'écriture de fables.
Pourtant, sur les quelques 250 fables qu'il a écrites, seules quelques unes sont finalement connues.
Parlons un peu de Jean de la Fontaine : Il est né à Chateau-Thierry, commune française située dans le département de l'Aisne (code 02) dont les habitants sont appelés des « Castrothéodoricien ». Assez joli n'est-ce pas ?
Dans sa jeunesse, notre fabuliste a fait des études de droit et il obtiendra en 1649 un diplôme d'avocat au Parlement de Paris. Le Parlement de Paris, c'était l'équivalent d'un tribunal chargé d'appliquer la justice au nom du roi à l'époque de la monarchie. Cependant on croise La Fontaine moins souvent dans ce lieu que dans les cabarets parisiens et salons mondains. En 1652, il obtient une charge aux eaux et forêts. Alors chargé de surveiller et de contrôler les forêts royales, il n'est pas passionné et en profitera pour se consacrer beaucoup plus à la littérature. Il commence alors à dédier des textes à des dames qui pourront appuyer sa renommée.
Le texte qui suit est d'ailleurs un appel éventuel aux mécénats pour les gens de lettres.
Simonide préservé par les dieux
Dans cette histoire, La Fontaine reprend la légende d'un poète grec selon laquelle un athlète lui aurait commandé une louange. Peu inspiré par la vie de son commanditaire, le texte du poète aurait glissé vers celles de Castor et Pollux, dieux de la mythologie grecque. Cela ne plaît évidemment pas à l'athlète qui décide de ne payer qu'un tiers de la somme convenu et d'inviter à réclamer le restant aux deux autres personnages dont il a fait l'éloge.
Il invitera cependant le poète à dîner. Au cours de ce repas, les jumeaux le feront appeler à la porte pour le remercier et le prévenir d'un danger qui menace la maison. Cette dernière effectivement s'écroulera et blessera les invités et l'athlète. Ici le fabuliste fait l'éloge des artiste et invite ceux qui le peuvent à les entretenir.
On ne peut trop louer trois sortes de personnes : Les Dieux, sa Maîtresse, et son Roi.
Malherbe le disait ; j'y souscris quant à moi : Ce sont maximes toujours bonnes.
La louange chatouille et gagne les esprits ;
Les faveurs d'une belle en sont souvent le prix.
Voyons comme les Dieux l'ont quelquefois payée.
Simonide avait entrepris L'éloge d'un Athlète, et, la chose essayée,
Il trouva son sujet plein de récits tout nus.
Les parents de l'Athlète étaient gens inconnus, Son père, un bon Bourgeois, lui sans autre mérite : Matière infertile et petite.
Le Poète d'abord parla de son Héros.
Après en avoir dit ce qu'il en pouvait dire, Il se jette à côté, se met sur le propos De Castor et Pollux, ne manque pas d'écrire
Que leur exemple était aux lutteurs glorieux,
Elève leurs combats, spécifiant les lieux
Où ces frères s'étaient signalés davantage.
Enfin l'éloge de ces Dieux Faisait les deux tiers de l'ouvrage.
L'Athlète avait promis d'en payer un talent ; Mais quand il le vit, le galand
N'en donna que le tiers, et dit fort franchement Que Castor et Pollux acquitassent le reste.
Faites-vous contenter par ce couple céleste. Je vous veux traiter cependant :
Venez souper chez moi, nous ferons bonne vie.
Les conviés sont gens choisis, Mes parents, mes meilleurs amis. Soyez donc de la compagnie.
Simonide promit. Peut-être qu'il eut peur De perdre, outre son dû, le gré de sa louange.
Il vient, l'on festine, l'on mange. Chacun étant en belle humeur,
Un domestique accourt, l'avertit qu'à la porte Deux hommes demandaient à le voir promptement.
Il sort de table, et la cohorte N'en perd pas un seul coup de dent.
Ces deux hommes étaient les gémeaux de l'éloge. Tous deux lui rendent grâce ; et pour prix de ses vers, Ils l'avertissent qu'il déloge, Et que cette maison va tomber à l'envers.
La prédiction en fut vraie ; Un pilier manque ; et le plafonds,
Ne trouvant plus rien qui l'étaie, Tombe sur le festin, brise plats et flacons,
N'en fait pas moins aux Echansons. Ce ne fut pas le pis ; car, pour rendre complète La vengeance due au Poète, Une poutre cassa les jambes à l'Athlète,Et renvoya les conviés Pour la plupart estropiés. La renommée eut soin de publier l'affaire.
Chacun cria miracle. On doubla le salaire Que méritaient les vers d'un homme aimé des Dieux.
Il n'était fils de bonne mère Qui, les payant à qui mieux mieux, Pour ses ancêtres n'en fit faire.
Je reviens à mon texte et dis premièrement
Qu'on ne saurait manquer de louer largement
Les Dieux et leurs pareils; de plus, que Melpomène
Souvent sans déroger trafique de sa peine ;
Enfin qu'on doit tenir notre art en quelque prix.
Les grands se font honneur dès lors qu'ils nous font grâce :
Jadis l'Olympe et le Parnasse Etaient frères et bons amis.
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